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Le bailleur peut-il poursuivre ses démarches judiciaires en hiver ? Comprendre la trêve hivernale

Article publié le vendredi 11 septembre 2026 dans la catégorie immo.
Bailleur et trêve hivernale : quelles démarches judiciaires en hiver ?

Lorsque les températures baissent, beaucoup de propriétaires pensent que toute action est suspendue jusqu’au printemps. En réalité, la trêve hivernale limite surtout l’exécution des expulsions, mais elle n’empêche pas nécessairement un bailleur de faire avancer un dossier judiciaire.

Trêve hivernale : ce qu’elle bloque réellement

En France, la trêve hivernale s’étend en principe du 1er novembre au 31 mars. Pendant cette période, un locataire ne peut généralement pas être expulsé de son logement, même si une décision de justice a déjà été rendue. L’objectif est social : éviter qu’un ménage se retrouve sans solution d’hébergement au cœur de l’hiver.

Cette protection ne signifie toutefois pas que le bail est intouchable, ni que le propriétaire doit rester inactif. La trêve suspend principalement le recours à la force publique pour libérer les lieux. Autrement dit, un commissaire de justice ne pourra pas procéder à l’expulsion effective, sauf exceptions prévues par la loi.

Le point essentiel à retenir est donc le suivant : le bailleur peut continuer à engager ou poursuivre une procédure, mais il ne pourra pas toujours obtenir l’exécution matérielle de l’expulsion avant la fin de la période hivernale. Cette distinction est centrale dans les litiges liés aux loyers impayés, aux troubles de voisinage ou à l’occupation sans droit ni titre.

Le bailleur peut-il saisir la justice pendant l’hiver ?

Oui, le bailleur peut parfaitement poursuivre ses démarches judiciaires en hiver. La trêve hivernale n’interdit pas de saisir le juge, de demander la résiliation du bail, de réclamer des loyers impayés ou d’obtenir une décision d’expulsion. Elle agit surtout au stade final, lorsque la décision doit être exécutée.

Concrètement, un propriétaire peut donc envoyer une mise en demeure, faire délivrer un commandement de payer, assigner le locataire devant le tribunal judiciaire ou demander la mise en œuvre de la clause résolutoire prévue au bail. Ces démarches peuvent prendre plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Les engager pendant l’hiver peut donc éviter de perdre un temps précieux.

Dans les dossiers de loyers impayés, cette anticipation est souvent déterminante. Le bailleur doit respecter une procédure encadrée, notamment lorsque le logement constitue la résidence principale du locataire. Les délais légaux, les notifications obligatoires et l’intervention éventuelle des organismes sociaux peuvent allonger le traitement du dossier.

Pour mieux comprendre les options possibles lorsque la dette locative s’accumule pendant cette période, les propriétaires peuvent se référer aux solutions face aux loyers non payés en hiver, qui rappellent les leviers amiables et judiciaires disponibles.

Quelles démarches restent possibles avant une expulsion ?

Avant d’en arriver à l’expulsion, plusieurs étapes peuvent être engagées. Elles visent soit à obtenir le paiement, soit à préparer une procédure judiciaire solide. Le propriétaire a intérêt à conserver des preuves précises : bail signé, quittances, relances, relevé de dette, échanges écrits et éventuels signalements de troubles.

  • Relancer le locataire par écrit afin de formaliser la dette et proposer, si possible, un échéancier réaliste.
  • Faire délivrer un commandement de payer par commissaire de justice lorsque le bail contient une clause résolutoire.
  • Informer la caution ou l’organisme garant, si un garant ou une garantie loyers impayés existe.
  • Saisir le tribunal compétent pour demander le paiement des sommes dues, la résiliation du bail et, le cas échéant, l’expulsion.
  • Demander l’exécution de la décision après les délais légaux, en tenant compte de la trêve hivernale.

Ces démarches doivent être menées avec rigueur. Une erreur de forme, un délai non respecté ou une notification mal adressée peut fragiliser le dossier. C’est pourquoi de nombreux bailleurs sollicitent un commissaire de justice ou un professionnel du droit afin de sécuriser les actes nécessaires.

Une décision d’expulsion peut-elle être rendue pendant la trêve ?

Oui. Le juge peut rendre une décision d’expulsion pendant la trêve hivernale. Il peut aussi constater la résiliation du bail, condamner le locataire au paiement des arriérés et fixer une indemnité d’occupation. La décision judiciaire n’est donc pas gelée par l’hiver.

En revanche, si le jugement ordonne l’expulsion, celle-ci ne pourra généralement pas être exécutée avant la fin de la trêve. Le locataire reste donc dans les lieux pendant cette période, sauf situation entrant dans les exceptions prévues par les textes. À partir du 1er avril, la procédure peut reprendre, sous réserve des délais, des recours éventuels et de l’intervention de la préfecture.

Il faut également distinguer la décision d’expulsion de la demande de concours de la force publique. Même après un jugement définitif, le commissaire de justice peut devoir solliciter l’aide de l’État si l’occupant refuse de partir. Cette étape administrative peut, elle aussi, prendre du temps. La fin de la trêve ne signifie donc pas toujours une expulsion immédiate.

Les exceptions à la protection hivernale

La trêve hivernale n’est pas absolue. Certains occupants ne bénéficient pas de la même protection, ou peuvent en être exclus dans des situations particulières. C’est notamment le cas lorsque les personnes concernées disposent d’un relogement adapté, ou dans certains dossiers d’occupation illicite.

Les règles ont évolué ces dernières années, notamment pour mieux distinguer le locataire en difficulté de l’occupant entré dans les lieux sans droit. Les situations de squat, les violences conjugales ou les immeubles frappés de mesures de sécurité peuvent justifier un traitement différent, selon les circonstances et la décision du juge.

Ces exceptions restent toutefois encadrées. Le bailleur ne peut pas décider seul qu’un occupant n’est pas protégé et procéder à une évacuation par ses propres moyens. Une expulsion réalisée sans titre exécutoire ou sans intervention régulière peut exposer le propriétaire à des sanctions. Les cas dans lesquels la protection hivernale ne s’applique pas doivent donc être analysés avec prudence.

Le rôle du dialogue et des solutions amiables

Même lorsqu’une procédure judiciaire est possible, le dialogue conserve une place importante. Un impayé peut résulter d’une perte d’emploi, d’une séparation, d’un retard d’allocation ou d’un accident de parcours. Dans certains cas, un échéancier écrit, réaliste et daté permet d’éviter une procédure longue et coûteuse.

Le bailleur peut aussi orienter le locataire vers les aides disponibles : fonds de solidarité pour le logement, accompagnement social, caisse d’allocations familiales ou assurances selon le contrat souscrit. Cette démarche ne prive pas le propriétaire de ses droits, mais elle peut favoriser une issue plus rapide au litige. Un accord amiable bien formalisé doit cependant prévoir les montants dus, les dates de paiement et les conséquences d’un nouveau défaut.

Lorsque la dette est ancienne ou que les échanges sont rompus, la voie judiciaire devient souvent nécessaire. Mais même devant le juge, un locataire peut demander des délais de paiement. Le magistrat apprécie alors la situation financière des parties, le montant de la dette et les efforts réalisés. Le propriétaire doit donc présenter un dossier clair, chiffré et documenté.

Ce que le bailleur doit éviter pendant l’hiver

La première erreur serait de croire qu’un propriétaire peut se faire justice lui-même parce que le locataire ne paie plus. Changer les serrures, couper l’eau, retirer les meubles, menacer l’occupant ou pénétrer dans le logement sans autorisation sont des pratiques interdites. Elles peuvent constituer une expulsion illégale et engager la responsabilité du bailleur.

La deuxième erreur consiste à attendre la fin de l’hiver pour agir. Si la dette augmente mois après mois, le délai judiciaire jouera contre le propriétaire. Engager les démarches pendant la trêve permet de faire courir les délais nécessaires, de saisir le juge plus tôt et de préparer une reprise de la procédure au printemps.

Enfin, le bailleur doit éviter les courriers imprécis ou les accords verbaux difficiles à prouver. Toute étape importante doit être formalisée. En cas de contentieux, les éléments écrits ont une valeur déterminante pour établir la réalité des impayés, des relances et des engagements pris.

À retenir pour les propriétaires

La réponse est claire : un bailleur peut poursuivre ses démarches judiciaires en hiver, mais il doit respecter les limites imposées par la trêve hivernale. La procédure peut avancer, le juge peut être saisi et une décision peut être obtenue. Ce qui est généralement suspendu, c’est l’expulsion effective du locataire pendant la période protégée.

Pour agir efficacement, le propriétaire doit distinguer les étapes : recouvrement de la dette, résiliation du bail, décision judiciaire, commandement de quitter les lieux et exécution avec le concours éventuel de la force publique. Chacune répond à des règles précises. Une stratégie anticipée, documentée et conforme au droit permet de défendre ses intérêts sans risquer de commettre une faute.

En hiver, le bailleur n’est donc pas condamné à l’inaction. Il doit simplement avancer dans un cadre légal strict, en gardant à l’esprit que la protection du logement reste une priorité du droit français pendant les mois les plus froids.



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